FACES

…Les visages semblent entretenir une relation d’immédiateté, de pure
surface, comme s’il sortaient du bain chimique, du révélateur qui aurait
surpris leurs expressions en un instant, et d’intemporalité liée à
l’épaisseur des couleurs, à leurs superpositions, qui se traduisent par une
grande richesse de tons allant des ocres rouges aux bleus pastel ou céruléen
avec cependant une préférence pour les couleurs minérales aux intensités sourdes.
Meta polit, grain par grain, chaque pouce du tableau, passant du
clair à l’obscur et de l’obscur au clair, étalant les couleurs et les
lissant par des gestes rapides. Elle travaille sans pinceaux, opérant ses
mélanges à même la toile avec des bâtons de couleur d’huile solidifiée.
Elle reprend les contours et les surfaces au couteau, une tâche qui exige une
énergie et une tension musculaire extrêmes.…

Bertrand Lorquin • Faces • 1994