LA CHALEUR D'UNE PRESENCE

Depuis si long temps déjà, des décennies entières, la sculpture refroidit—comme s’il n’existait d’autre abstraction que glaciale, d’autre modernité que celle de l’immobilité. Et, plus, elle est froide, plus elle exige de ses thuriféraires le respect muet dû à l’autorité de l’histoire de l’art en marche. De plus en plus monumentales, de plus en plus abrupte, l’œuvre ne vaudrait que par son éloignement ;
Rares sont ceux qui parcourent d’autres chemins, ces chemins qui errent à travers la forêt et les lianes, pour, peut-être, ne mener nulle part…
Mari Carmen Hernandez en est. Ses œuvres sont organiques, vivantes—seul le hasard les rend immobiles ; elles bougeraient si volontiers—il suffirait d’un instant d’inadvertance.
Les matériaux sont proches, familiers, nobles sans être compassés ; ils osent, si naturellement, les couleurs, les reliefs—le satiné des rubans vifs.
Sculptures, peut-être, mais, mais si peu sculptées ; elles sont souples, nul interdit ne les fige à tout jamais. Il est permis de les toucher, de les déplacer. Elles sont là, proches, dans la vie. Nulle intimidation mais toute la chaleur d’une présence.

Gilles de Margerie • Paris • 1988

For many years now, sculpture has been growing colder—as though abstraction could only be frozen, as though stillness were the very core of modernity. And the colder it becomes, the greater its demands: all are made to bow, in awe-struck silence, before art and move. Sculpture must be huge in size, in outline, blunt; its value lies in its remoteness.
And yet these are other paths, that wind their hazardous and perhaps aimless way through forest and growth. But those who dare tread them are few number.
Mari Carmen Hernandez is one of those. Her works are organic, alive. They remains till by their chance, and could easily stir in unnoticed moment. Noble, yet not formal, the materials used are familiar. Bright smooth satin ribbons venture most naturally into color reliefs.
Are they sculptures? Perhaps, but in their flexibility they do not have the rigidity of traditional sculptures. They have not been ordered to everlasting stillness. They may be handle and move out. They belong in our lives. We are not daunted by them, but made to feel a warm presence.

Gilles de Margerie • Paris • 1988